Résumé : on peut considérer un traumatisme psychique « réglé » ou « guéri » lorsque certains critères précis sont remplis. Malheureusement, trop d’approches thérapeutiques ignorent ces critères et ne savent pas comment les atteindre.

Le cas d’Estelle

Ça m’est encore arrivé ce matin. En discussion avec une cliente, Estelle. Elle me dit qu’elle vient de rompre avec son petit ami. Celui-ci lui proposait, après 1 an de vie commune, de se marier et de fonder une famille. Et comme avec les 5 précédents, elle ne peut pas supporter cette idée, et préfère en finir avec cette relation. En lui demandant, juste comme ça, elle me dit que « oui, j’ai déjà fait une thérapie classique sur le sujet ». Bien et qu’en est-il sorti ? « Eh bien j’ai compris que ces problèmes venaient de mon enfance, car mon père battait ma mère. Mais ce truc est réglé maintenant ».
En l’écoutant parler de son père, j’observe qu’elle se tend, respire plus rapidement, et son visage exprime une expression de colère. Réglé, vous dites ? Eh bien, en lui demandant de repenser à ce moment, elle me dit que c’est douloureux comme souvenir.

Cette personne est encore « activée », c’est-à-dire qu’elle a une réaction émotionnelle négative en parlant de son enfance. C’est le signe qu’un trauma est toujours actif.

Le corps et l’inconscient

Malheureusement, il m’arrive régulièrement de rencontrer des personnes qui, malgré une thérapie « classique », ne sont toujours pas débarrassés de certains problèmes dus à des traumatismes anciens. Ce problème vient du fait que les thérapies par la parole ne permettent pas toujours de relâcher des émotions profondes. En effet, rester dans le mental, l’analyse, la parole, c’est ne pas être connecté aux émotions, à l’inconscient, au corps. C’est pourtant là que ça se passe.

La plupart des gens savent très bien, rationnellement, qu’un événement comme leur premier jour d’école, lorsque papa et maman laissent leur enfant aux mains de la maîtresse d’école, est quelque chose de normal et sans gravité.

Et pourtant, si cet événement est vécu comme un abandon par l’enfant, il risque de se créer dans l’inconscient une partie blessée par cet événement. Malheureusement, chez certaines personnes, cette blessure ne se referme jamais complètement, et laisse une empreinte dans l’inconscient.

De même, le corps se souvient, et les nouvelles approches de thérapie mettent pour un grand nombre l’accent sur l’intégration corps-esprit. De nombreux masseurs ont d’ailleurs pu constater que parfois, un client se met à pleurer sans raison suite à un massage profond : une émotion ancienne a été relâchée, par simple action mécanique.

Pourquoi la psychologie académique ne sait pas gérer les traumatismes

Je fais ici une généralisation abusive, mais force est de constater que de nombreuses psychothérapies classiques ne règlent pas facilement les problèmes générés par un traumatisme. A moins que seuls les récalcitrants à ces formes de thérapie ne viennent voir les thérapeutes « alternatifs » ?

C’est bien simple : un traumatisme psychique crée souvent un phénomène de dissociation, voire de refoulement. On tient le souvenir douloureux à distance, et on l’oublie même. Difficile alors d’amener un client à retrouver ce traumatisme pour travailler dessus avec les outils du langage. Car il ne veut pas y aller !

Éviter l’abréaction

Une abréaction est une violente décharge émotionnelle qui arrive lorsqu’une thérapie va chercher un traumatisme sans arriver à doser la reviviscence dudit trauma (par rapport aux ressources de la personne). On plonge alors dedans à fond, sans filet de sécurité. Et parfois, c’est une bonne chose : retraverser le trauma va le guérir. Mais il y a un fort risque de retraumatiser, de se faire mal, et même de décompenser.

C’est pour éviter cette abréaction violente et dangereuse que l’inconscient refoule les émotions trop brutales. On apprends, dans certaines écoles de thérapie, à ne pas du tout toucher aux traumatismes.

Mais même si ces thérapeutes y vont, la personne peut rester dissocier et facilement éviter le cœur du problème ! S’en suit alors une re-traumatisation dans le pire des cas, ou au mieux, la séance est simplement inefficace.

La guérison de traumatisme en EMDR

En EMDR, le but du jeu est de retraiter le traumatisme d’une manière neurologique, en stimulant la connexion des hémisphères cérébraux (par stimulation bilatérale alternée). Cette méthode est incroyablement efficace, car elle permet de régresser aux traumatismes anciens liés à une situation présente et de les retraiter.

Cependant, cette méthode est parfois un trop forte. En effet, on est parfois à la limite de l’abréaction !

Cela peut créer plus de problèmes que ça n’en règle, ou aller trop vite pour permettre une intégration positive.

La guérison de trauma en EFT

En EFT, on fait ressortir les émotions petit à petit. L’avantage par rapport à l’EMDR, c’est qu’on peut prendre son temps, et pourtant ca va tout aussi vite. La personne reste plus consciente qu’en EMDR, et on peut lui demander de noter l’intensité de son émotion sur une échelle de 0 à 10.

L’EFT aussi permet de régresser le long de la pile de trauma.

En EFT, le critère de guérison d’un traumatisme est de pouvoir estimer subjectivement que l’émotion est à 0/10.

Les critères de guérison d’un traumatisme

Sans vouloir proclamer une vérité unique, il m’apparait cependant que certains critères de guérison d’un traumatisme sont plus précis et bien définis dans certaines écoles. Voici donc les critères de guérison complète d’un traumatisme qui me paraissent pertinents.

Cela veut dire que le traumatisme est totalement réglé.

  1. Il n’y a plus de symptômes au présent. C’est la raison pour laquelle le client consulte ! Que ce soit un blocage, un schéma répétitif, une phobie ou une dépression, ce symptôme doit être supprimé définitivement, sans substitution de symptôme.
  2. La personne est associée, sans sensation corporelle négative. Le fait d’habiter son corps complètement et sans aucune sensation négative fait partie des joies de l’existence ! Les personnes traumatisées sont généralement dissociée de leurs émotions. Le traitement d’un traumatisme génère souvent un retour à soi.
  3. L’intensité émotionnelle est à 0. C’est-à-dire qu’il n’y a plus de souffrance en parlant du problème. Attention ! C’est 0 total, si le score est de 0,1, ce n’est pas suffisant.
  4. La personne se rappelle et peut raconter l’événement traumatisant dans ses moindres détails (même les plus brutaux ou crues) sans ciller.
  5. La personne se sent légère, libérée, profondément.
  6. Un sentiment de paix intérieure est présent.
  7. Physiquement, il n’y a plus de lourdeur ou de tension.

Bon. Ca fait pas mal de critères au final. Et au final, la personne libérée peut prendre beaucoup de recul sur ce qui lui est arrivé, comme si ça n’avait plus d’importance.

Alors, comment faire  ?

Franchement, il y a plusieurs méthodes qui permettent d’y arriver, et l’EFT ou l’EMDR et leurs dérivés arrivent en première ligne, avec les thérapies psycho-corporelles. La plupart des méthodes efficaces utilisent la régression d’une manière ou d’une autre jusqu’au traumatisme, et éliminent la pile de trauma en déconditionnant la personne. C’est-à-dire libérer l’émotion qui a été enfouie dans le corps, dans l’inconscient. Jusqu’à ce que tout soit nettoyé.

La restructuration cognitive

Voilà un élément que j’hésite à inclure dans la liste, parce qu’il ne me parait pas absolument nécessaire. Il s’agit de la restructuraction cognitive. C’est le mot que j’ai trouvé pour décrire ce que l’on recherche en hypnose par exemple : un changement de point de vue total sur le problème.

Il s’agit par exemple de ce qui se passe lorsque vous revivez un traumatisme. Disons que votre père vous battait, enfant. Vous lui en voulez toujours (beaucoup) pour ça, même si quelque part vous l’aimez. Nettoyer les mémoires négatives peut avoir comme effet que vous sortiez de séance en disant « je me rends compte aujourd’hui que mon père ne pouvait pas faire autrement, il n’avait pas les ressources mentales pour gérer ses propres problèmes, et j’étais juste son exutoire, mais il s’en voulait, et aujourd’hui je sens que je peux le pardonner pour cela ».

Arriver à ce genre de recadrage, de changement de point de vue, témoigne d’une maturité émotionnelle caractéristique du fait qu’il n’y a plus de fragmentation de la personnalité, et que l’émotion a été libérée. C’est bien un critère de guérison d’un traumatisme.

Cela ne me semble juste pas totalement nécessaire à chaque fois, bien que cela soit présent spontanément dans un grand nombre de cas. Et même lorsque cela arrive, il faut vérifier les autres critères.

Le pardon

Il y aurait beaucoup à dire sur le pardon, qui est sans conteste un élément important dans de nombreux cas de traumatisme, en particulier traumas inter-relationnels. Le fait de pardonner, cela signifie relâcher sa colère.

Certaines personnes ont du mal à pardonner, et se sentent obligée d’avoir un ressentiment puissant, car justice n’a pas été faite. Et pourtant, en ne pardonnant pas, elles continuent à souffrir.

Nous approfondirons cette question dans un prochain article.


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