Résumé : un traumatisme peut faire partie d’une pile de traumatismes lorsque plusieurs expériences négatives marquantes ont été vécus en partageant le même type d’émotion.

J’ai déjà expliqué précédemment qu’un traumatisme peut être n’importe quel événement marquant vécu de manière négative et causant une détresse émotionnelle qui peut durer… trop longtemps ! Et parfois même tout une vie, en particulier les traumatismes les plus anciens (petite enfance).

Un concept que je n’ai pas explicité, cependant, mais qui est fondamental, est celui de la pile de traumatismes.

Qu’est-ce qu’une pile de traumatismes ?

Une pile de traumatisme est un ensemble d’expérience marquante liée entre elle par un lien clair. Un traumatisme crée à l’intérieur d’une personne une émotion négative durable, ou du moins une sensation physique, voire une image ou un son (une voix) pour les personnes dissociées. La dissociation est elle-même un effet négatif induit par des traumatismes sévères.

Une pile de traumatisme est comme un ensemble de capsule douloureuse placée dans votre esprit, reliée entre elles à travers le temps. Ces capsules concernent des expériences qui ont toujours plus ou moins le même contenu, comme si le traumatisme originel se répétait.

Car c’est bien le cas ! En fait, ces traumatismes sont reliés entre eux dans le temps, et plus on va loin dans le passé, plus (en général) le traumatisme est important. Et parfois parfaitement refoulé !

Mais prenons un exemple.

L’exemple de Sarah

Sarah est une femme dynamique, ambitieuse et déterminée, qui vient me voir car elle a du mal à supporter les accès de colère de son patron actuel. Elle me dit qu’elle sait très bien qu’il est comme ça avec tout le monde, qu’il ne veut pas blesser, et qu’il apprécie son travail.

Mais elle ne peut pas s’empêcher de fondre en larme à chaque fois qu’il se met en colère.

Durant le travail thérapeutique, on désactive rapidement l’émotion qui est présente lorsque Sarah pense à son patron. Elle se sent tout de suite mieux ! Mais je lui demande si elle n’avait pas déjà ressenti cette émotion dans le passé. Elle me dit se souvenir que son premier patron avait lui aussi tendance à s’énerver sans raison de manière parfois violente, mais cela n’a plus d’importance pour elle. Nous commençons à travailler dessus, et paf ! La même émotion que précédemment (de la peur, dans ce cas), ressurgit très fortement.

Un souvenir plus ancien

Nous avons donc trouvé une expérience passé qui était toujours activée, bien qu’oublié consciemment. Ce genre de souvenir contenant une émotion négative peut avoir une influence sur notre présent. Alors autant s’en débarrasser. Grâce à l’EFT, cette émotion disparait, et elle se met même à se moquer gentiment de ce manager mercurien.

Mais je lui demande encore s’il n’y a pas autre chose dont elle se rappelle, en lien avec la même sensation physique. Elle me dit d’abord que non… puis se souvient qu’un de ses professeur à l’école était autoritaire et dur. Un souvenir, en particulier, ou elle est vertement humiliée devant toute sa classe. Et elle se met à pleurer… Cette expérience est bien plus douloureuse que les souvenirs précédents, et pourtant tout cela lui semblait bien lointain !

Ce n’est pas parce qu’un souvenir est oublié, lointain, qu’il n’est pas encore actif. Si un souvenir est désagréable, il contient une charge émotionnelle dont il vaudrait mieux se débarrasser ! Voir mon article sur les critères de guérison des traumatismes.

Encore un ?

Bon, après quelques instants, ce souvenir est lui aussi nettoyer, et Sarah peut pardonner à son ancien professeur. La voilà libéré d’un sacré fardeau. Elle me dit se rendre compte que, dans sa vie, elle a toujours voulu être forte et montrer aux hommes qu’elle pouvait faire mieux. Superbe ! Cette prise de conscience va certainement lui permettre de réorienter ses choix de manière plus libre.

Et pourtant, il reste encore une sensation physique désagréable. Cette sensation ne veut pas disparaitre, malgré le fait que Sarah ne se soucie plus du tout de son ancien professeur.

Je lui indique de se concentrer dessus, et… elle remonte à un souvenir très ancien, lorsqu’elle était petite fille, où son père l’a giflée car elle avait cassé une assiette en faisant la vaisselle. Un acte démesuré, injuste, mais que la petite fille a pris pour elle. S’est installé une croyance bien pourrie « si j’échoue, on ne m’aime pas ». Argh ! Vivre avec ce genre de croyance profondément ancrée dans l’inconscient, ca peut modeler, orienter toute une vie, la distrayant des choses plus importantes et en accord avec elle-même.

En l’occurrence, elle se rend compte qu’elle n’a pas seulement peur de la colère des hommes, mais qu’elle s’est battue toute sa vie pour faire mieux, se dépasser, et faire plaisir à ses professeurs, ses patrons, etc… en étant souvent malheureuse du résultat : « ils n’étaient jamais satisfaits, je devais faire mieux ».

Malheureusement, une croyance inconscient agit aussi, à un certain niveau, comme une suggestion : une nouvelle définition de la réalité. Les actions que l’on va alors mener dans notre vie vont venir, inconsciemment, nous confronter à cette croyance pour la vérifier. Notre vision du monde est déformée par cette croyance.

Bon, tout ça en une séance, c’est de la thérapie brève, mais pas de la thérapie de surface !

Remonter la pile de traumatismes

Si l’on veut désactiver des schémas de pensées/émotions/comportements qui semblent être au cœur de la vie de la personne et de sa personnalité, travailler sur les événements du présent ne suffit pas, le changement n’est pas forcément durable. S’il y a des traumatismes à l’origine d’un problème, il faut remonter la pile de traumatismes.

Pourquoi je parle de pile ?

Parce que c’est exactement comme une pile d’assiette.

Le premier traumatisme, c’est le dernier souvenir douloureux qu’on a. Le sommet de la pile, que l’on peut voir.

On peut se souvenir de l’assiette d’en dessous, mais elle n’est pas très importante, car il y a l’assiette du dessus qui prend toute la place, on ne voit que ça.

Lorsque cette assiette est enlevé (le souvenir est débarrassé de sa charge émotionnelle négative), hop ! On voit l’assiette du dessous.

Et là, surprise ! Il peut y avoir une autre assiette en dessous ! Et petite à petit, on remonte la file pour en découvrir l’ampleur.

Afin de tout déraciner, il va falloir aller à l’origine, à la première assiette au fond de la pile : le traumatisme originel.

Tant que ce traumatisme-là n’est pas définitivement réglé, la pile est toujours présente, et on peut poser une autre assiette dessus. En effet, nos expériences tendent à être douloureuse lorsqu’elles nous rappellent inconsciemment une expérience plus ancienne et douloureuse aussi. Et on accumule comme ça des charges émotionnelles négatives.

pile traumatismes

 

La bonne nouvelle

La bonne nouvelle, c’est qu’on n’est pas obligé de passer en revue CHAQUE souvenir traumatisant pour régler le problème. En fait, on n’est pas obligé de prendre une assiette à la fois. On prend celle d’en-dessous, et toutes celles d’au-dessus sont enlevées aussi.

Il y a donc un phénomène de généralisation lors du traitement. En réalité, si une personne a vécu en tout 20 souvenirs douloureux reliés à un traumatisme, on travaillera généralement sur 4 ou 5 expériences. Traiter ces expériences, c’est comme faire un pont qui nous amène plus loin.

Le but du jeu, c’est d’enlever toute la pile. On pourrait donc être tenté d’aller directement au traumatisme originel pour le nettoyer, et ainsi régler le problème. Je suis d’accord pour dire que c’est l’idéal, mais ce n’est pas toujours possible car :

  1. Ce peut être trop douloureux d’aller directement au trauma originel
  2. La personne peut ne pas s’en rappeler au départ
  3. Il peut y avoir des résistances. Eh oui, l’inconscient ne refoule pas pour des prunes ! Il faut d’abord lui montrer que la méthode marche et qu’il va pouvoir guérir cette blessure ancienne.
  4. Certains traumatismes intermédiaires peuvent avoir ajouté des aspects du problème qu’il convient de traiter d’abord.
  5. On n’a pas toujours le temps de faire ça en une séance !
  6. La personne peut ne pas avoir suffisamment de ressources pour gérer ça. Le travail sera alors progressif. (voir la partie trauma complexe sur cette page)

 

Voilà, j’espère que vous avez bien compris ce qu’est une pile de traumatismes ! Nos amis anglophones disent « trauma stack ».

Si vous pensez qu’un problème actuel peut être lié à des événements plus anciens, je vous encourage à vous rapprocher d’un thérapeute utilisant l’EMDR, l’EFT, l’hypnose ou une technique apparentée qui permettent de faire ce travail. Dans le doute, donnez-lui l’adresse de cette page pour qu’il vous dise si cela correspond à son travail.