La naissance étant un des événements les plus importants de la vie d’un être humain, il est logique de constater que son aspect psychologique est également fondateur de la santé psychique. Parlons donc de psychologie péri- et pré-natale.

Psychologie Péri-Natale : les fondements

Le premier à s’intéresser à la naissance en tant que source de santé ou de troubles psychologique est Otto Rank, psychanalyste proche de Freud puis dissident, qui publia en 1924 Le Traumatisme de la Naissance. Rank postulait (suite à un concept de Freud) que la naissance constituait le premier événement majeur du développement psychologique, et qu’il était source d’anxiété.

Dès le début du XXè siècle, les psychanalystes avaient en effet remarqué que les fantasmes liés au thème de la naissance, de l’accouchement, étaient récurrents lors de psychanalyses, en particulier durant l’analyse des rêves.

Le domaine péri-natal (qui entoure la natalité) ou pré-natal (qui précède la naissance) est devenu un champ d’étude à part entière. D’autres courants de psychologie lui ont accordé une place croissante au fil des décennies.

Le travail thérapeutique sur le traumatisme de la naissance devint le thème central de la thérapie du Rebirth, développée par Léonard Orr.

En particulier, un des pionniers du domaine est Stanislas Grof, qui a largement développé la psychologie trans-personnelle, considère la naissance comme un des plus importants événements à potentiel traumatique.

Depuis, des milliers de thérapeutes de part le monde ont reconnu et même ciblé la période natale et pré-natale pour accéder à une transformation émotionnelle positive.

Régression à la naissance

On pourrait penser que le fait d’accéder à des mémoires aussi précoces est impossible. Et pourtant, c’est une réalité qui s’impose d’elle-même dans les formations de psychothérapeutes ainsi que dans les cabinets de thérapie. Cela peut être tout à fait spontané, autant que volontairement recherché.

En fait, il est possible à chaque personne de revenir aux souvenirs vécus bien avant le développement de la mémoire à long terme que nous utilisons depuis notre enfance. On parle parfois de « mémoire cellulaire » ou de « mémoire musculaire », mais le mécanisme exact est sans doute mal compris par les scientifiques à ce stade.

Néanmoins, régresser à la naissance – ou bien avant- n’est pas rare lorsque l’on travaille sur les traumatismes.

Les Matrices Péri-Natales de Grof

Stanislas Grof a mis au point une identification de 4 stades du processus de la naissance, qui a appelé matrices péri-natales.

Ce modèle est très intéressant pour les thérapeutes travaillent dans le domaine, à qui je conseille la lecture des ouvrages de Grof.

Voici un résumé des 4 matrices et de leurs caractéristiques :

  1. La première matrice correspond à la fin de la grossesse, avant le début du processus d’accouchement. C’est donc la vie intra-utérine calme et paisible. Cette matrice est liée à des mémoires extatiques, avec absence de limites physiques, ou de fusion totale : sentiment océanique, sentiment de paix infinie, fusion avec la mère, etc…
    Ces mémoires incluent souvent l’aspect du féminin nourrisseur, dans une dimension presque divine : Mère-Nature, visions archétypales, connexion à l’Univers, etc…
    Cette matrice explique potentiellement l’origine de nombreux mythes liés à un paradis perdu, à la nature féminine de la Vie ou de la Terre, aux divinités primordiales féminines, aux états de conscience océaniques recherchés parfois à travers l’usage de drogue, etc…
  2. La seconde matrice péri-natale correspond au début du processus d’accouchement. Elle s’étend de la première contraction utérine au début de la descente du bébé vers le canal de naissance (ouverture du col).
    Cette étape contient de nombreux potentiels traumatiques : claustrophobie, sentiment de menace, anxiété, descente aux enfers, désespoir, impuissance, etc…
  3. La troisième matrice est l’accouchement en lui-même : le passage du bébé au travers du col, du pelvis, du vagin, jusqu’à la sortie.
    Les potentiels traumatiques sont encore une fois nombreux : sentiment de lutte, efforts difficiles, frustration et désespoir, alternés d’euphorie et de sentiments de puissance, d’agressivité, d’affirmation de soi, etc…
    Cette matrice est également liée à la thématique sexuelle.
  4. La dernière matrice est enfin la naissance elle-même : le bébé quitte le ventre de la mère et sort dans le monde extérieur, un environnement tout à fait différent. Le sentiment de séparation peut être très fort, tout autant que le sentiment d’extase et de réussite !
    Potentiels traumas : problème d’estime de soi en fonction de l’accueil qui nous est réservé, difficultés dans notre relation au monde, etc…
    Ce moment correspond aussi à : la première respiration, la mort du placenta, la perte du cordon ombilical, et la séparation avec la mère.

Chaque matrice possède donc des thèmes différents, correspondant à des élaborations métaphoriques et mythiques différentes, ainsi qu’à différents types de traumas. Encore une fois, je vous recommande la lecture de Grof pour saisir l’étendu des possibilités (notamment Psychologie Transpersonnelle).

 

Grof établit aussi un parallèle entre les matrices et certains troubles mentaux, dont le développement aurait pour origine une matrice plutôt qu’un autre.

Exemple des pulsions suicidaires

Par exemple, Grof différencie les suicides selon l’état recherché.

Se suicider pour « quitter un monde douloureux » c’est-à-dire réduire la douleur et revenir à un état « sans douleur » correspond à la seconde matrice. Durant cette matrice, le bébé est impuissant immobile, et vit la douleur imposé par le monde extérieur (contractions), il veut donc revenir dans la matrice précédente, qui était extatique. Les types de suicide appartenant à cette catégorie : avaler des médicaments, se noyer, se couper les veines, inhaler du gaz, geler dans la glace. On retrouve le thème de l’endormissement, de la disparition de la douleur.

Le second type de suicide est plus spectaculaire : se jeter sous les roues d’une voiture ou d’un train, se jeter par la fenêtre, se trancher la gorge, utiliser une arme à feu, hara-kiri ou en étant kamikaze. On retrouve le thème de la violence, du démembrement, du mouvement. Ces tendances sont liées à la 3è matrice : la tension augmente, le bébé ne peut reculer et doit avancer vers sa libération, malgré la douleur et à travers elle.

Enfin, la strangulation ou la suffocation sont également caractéristiques, et potentiellement lié à l’étroitesse du canal pelvien ou à l’enroulement du cordon ombilical autour du cou du nouveau-né.

Cet exemple illustre l’importance du bon déroulement de la naissance pour minimiser les impacts psychologiques négatifs.

Mais vous allez certainement me demander…

Pourquoi la naissance est-elle traumatisante ?

La naissance peut être vu comme un événement d’importance primordiale, même sacré. C’est souvent, pour les parents, un des événements les plus heureux de leur vie, et pour l’enfant, c’est tout simplement le début de la vie.

Pourquoi, alors, retrouve-t-on autant de traumatismes entourant la naissance ?

Il y a plusieurs éléments qui peuvent répondre à cette question.

Tout d’abord, il faut comprendre un concept fondamental : le foetus est un être sensible !

Ainsi, même s’il n’est pas conscient comme un humain enfant ou adulte peut l’être, il est tout à fait vivant et apprend déjà en fonction des stimulis de son environnement. Le foetus réagit par exemple à la musique (préférez Mozart aux musiques plus agressives), au toucher (haptonomie), et à l’état de la mère.

Bref, le foetus est bien vivant et la conscience n’apparait pas par magie au moment où il sort du ventre de sa mère. La conscience est plutôt un phénomène qui se développe : il pré-existe la naissance, et croit ensuite.

A partir de cette constatation, regardons comment se passe la naissance. Est-ce un événement, parfait, idéal, sans douleur ?

Bien au contraire :

  • C’est un processus très contraignant physiquement pour le bébé, autant que pour la mère. Les contractions sont sans doute le première potentiel traumatique douloureux. On appelle d’ailleurs le processus d’accouchement « le travail » car cela demande énormément d’efforts. La mère doit « pousser » pour « expulser » le bébé qui nait donc dans la douleur.
    Or, à ce stade de conscience, l’organisme est principalement basé sur les stimulis physiques (toucher, son, biochmie, etc…). Il associe donc son expérience physique à son développement psychique. Cela devient limpide à toute personne expérimentant une régression à un épisode péri-natal.
  • La mère elle-même vit-elle l’accouchement comme un processus simple et agréable ?
    Au contraire, elle est souvent stressée par l’organisation, diverses peurs qu’elle peut avoir, la présence ou non du père (est-il lui-même tranquille, ou stressé ?) ou d’autres personne-ressources, l’environnement médical, etc…
    L’état de santé ainsi que l’état mental de la mère est bien entendu communiqué au foetus (notamment par la voie des hormones dans le sang, qui peuvent traverser le placenta). Le foetus est totalement dépendant de la mère, et se tourne vers elle pour tous ses besoins. Ainsi, un stress affectant la mère a de grandes chances d’affecter aussi le foetus !
  • Enfin, la venue au monde du bébé est-elle accueillante, rassurante ?
    Malheureusement, en plus du stress précédent l’accouchement, l’environnement d’arrivée du bébé est souvent assez hostile : fortes lumières blanches, gants en latex, manipulation par des étrangers (sage-femme, médecin, …) parfois indélicates, lavage très rapide, bruits, séparation de la mère, etc…
    Le mode d’accouchement moderne, notamment dans les pays occidentaux, est très traumatisant. L’enfant est quasiment toujours séparé de la mère trop tôt, le cordon ombilical est coupé trop tôt, sans parler du sort réservé au placenta.
    Jusqu’à récemment, certains médecins accoucheurs considéraient même les bébés comme insensibles à la douleur et il était courant de les tenir par les pieds, à l’envers, et/ou de leur donner une claque sur les fesses pour « s’assurer qu’ils étaient bien vivants »…

L’intensité de douleur ressentit par la mère peut aussi nous donner une idée du niveau de douleur vécu par le nouveau-né…

Pour toutes ces raisons, l’événement de la naissance est en réalité traumatisant.

Et nul n’oserait qualifier la naissance processus « confortable ».

Pourtant, c’est aussi un événement heureux, voire extatique pour la mère.

En régression, le moment même de la naissance, s’il est débarrassé de tout trauma, est un moment extrêmement extatique.

Traumas multiples

Il est important de noter aussi que la naissance est en fait un processus qui dure plusieurs heures, et qu’il ne s’agit donc pas d’un seule événement, mais d’une multitude d’étapes. A chacune de ces étapes peut correspondre un ou plusieurs traumatismes.

En pratique, les traumatismes péri-nataux sont donc nombreux. Cela explique aussi la richesse du thème au niveau psychologique et mythologique.

La naissance, pas facile pour tout le monde !

Et… avant la naissance ?

Psychologie pré-natale

Si la psychologie des matrices péri-natales décrit surtout ce qui arrive à partir du début du processus d’accouchement, toute la période de gestation est également une longue période de développement pendant lequel l’organisme du futur bébé vit un grand nombre de choses.

Le passage de l’état d’embryon à celui de foetus puis de bébé est un long processus durant lequel l’organisme est totalement lié à la mère, qui provient à ses besoins.

Le stress vécu par la mère a des répercussions physiques et chimiques sur son enfant. Les ressentis et émotions qu’elle-même éprouve vis-à-vis de son enfant produisent une communication inconsciente entre les deux corps.

La psychologie pré-natale s’intéresse donc à l’impact psychologique de la vie intra-utérine, et en particulier sur les traumatismes pré-nataux.

Ce domaine est sous-développé en France dans le domaine de la psychologie académique, mais bien étudié et connu par différentes écoles de thérapie.

Quels types de traumatismes peuvent donc être expérimentés in utero ?

Répondre à cette question prendrait plusieurs heures, mais voici quelques éléments communs :

  • Dans le cas où la grossesse n’est pas désirée et donc rejetée par la mère, l’embryon ressent qu’il n’est pas bienvenue, et se trouve prit entre la pulsion de vie (qui est toujours la plus forte) et le besoin d’être en harmonie avec l’organisme qui l’accueille. Les enfants non désirés souffrent souvent d’inhibition et mauvaise estime-confiance en soi.
    Cela peut être compensé par le fait que la mère change d’avis et soit finalement accueillante et désire l’enfant à naitre. Cependant, le trauma d’origine sera quand même présent chez l’enfant. Le cas le pire est bien entendu quand l’enfant n’est toujours pas désiré lorsqu’il nait, et lorsqu’il grandit (voir : troubles de l’attachement).
  • L’enfant n’est pas désiré par le père, ou bien le père abandonne la mère pendant la grossesse.
  • La mère est intoxiquée pendant la grossesse. Cela inclut des poisons à faible dose, comme le tabac.
  • La mère a un accident pendant la grossesse, ou vit un stress intense.
  • La mère vit un deuil pendant la grossesse.
  • La grossesse est jumellaire mais l’un des fœtus meurt. Le survivant vit souvent de la culpabilité à réussir et s’affirmer s’il a l’impression que c’est au détriment des autres (en effet, deux embryons demandent plus de ressources à la mère, et le fait qu’elle ne pas puisse subvenir aux besoins des deux embryons est une des causes de la mort d’un des embryons).
  • Enfin, le placenta est un élément central de la grossesse, et sa bonne santé est primordiale pour le foetus. La mort du placenta (durant la naissance) est un des événements les plus traumatiques qui soit.

D’autres évènements sont potentiellement traumatisants.

On peut constater que certains éléments sont pré-déterminants pour le processus de la naissance. Ainsi, il n’est pas rare de constater des correspondances entre des traumatismes appartenant à ces deux périodes.

La conception

On peut remonter encore plus loin, jusqu’au moment de la conception, ultime moment de la création de l’individu.

Le nouvel être qui est conçu est la fusion de deux organismes plus petits que sont l’ovule et le spermatozoïde. Ces deux « pré-organites » possèdent en eux tout ce qui est nécessaire à la création d’un nouvel être. Il est donc logique de considérer que la mémoire cellulaire soit aussi bien présente dans cette cellule primordiale.

En pratique, il est possible de régresser à la conception et de trouver des traumatismes. Ce fait est néanmoins rare et reconnu par peu d’écoles de thérapie.

fecondation

La conception implique de nombreuses choses.

Premièrement, le constat que chacun d’entre nous est constitué d’une partie « masculine » et d’une partie « féminine ». En effet, respectivement l’ovule et le spermatozoïde s’identifient à la mère et au père. Ils se « sentent » donc être d’essence féminine ou masculine.

Pour cette raison, les hommes s’identifient plus facilement au spermatozoïde, et les femmes à l’ovule. On peut observer cette tendance à un comportement différent des hommes et des femmes au niveau sociologique.

La conception est un précédent des dynamiques de séduction notamment. Les traumatismes potentiels dans cet évènement sont donc principalement des difficultés relationnelles amoureuses homme-femme (à adapter pour les homosexuels).

  • Sentiment de rejet par ses pairs (spermatozoïde)
  • Sentiment de rejet, de désapprobation, d’abandon, par le sexe opposé
  • Sentiment de ne pas pouvoir trouver l’amour
  • Sentiment que l’amour est douloureux
  • Pour les hommes : difficultés à s’engager, impression de disparaitre, peur de ne pas pouvoir séduire
  • Pour les femmes : peur de ne pas être « choisie », de « trouver le bon » et de ne pas trouver un homme engagé
  • Problèmes d’estime/confiance en soi
  • Etc…

Tout comme la naissance, la conception est en fait un événement complexe, allant de la rencontre de l’ovule et du spermatozoïde à leur fusion complète.

Il y a donc plusieurs étapes : le rapprochement, puis la rencontre physique, la pénétration du spermatozoïde, le moment où sa queue tombe et est absorbée par la membrane de l’ovule, la tête du spermatozoïde progresse vers le cœur de l’ovule et s’ouvre pour délivrer le contenu génétique, les gènes se s’assemblent en un nouvel ensemble unifié, et l’ovule devient le zygote (ou œuf fécondé).

Cet évènement est parfois revécu en thérapie des traumatismes, mais cela reste rare. C’est l’évènement biographique le plus ancien, le tout premier.

 

Conclusion : que faire de tout ça ?

Pour conclure, reconnaissons que la psychologie pré-natale est un domaine encore trop peu exploré bien qu’ayant une importance capitale pour le développement sain de l’individu.

Certaines thérapies reconnaissent cette importance et ont développé des méthodes pour travailler en particulier certains épisodes péri- ou pré-nataux.

En Europe francophone, en particulier, les écoles de Respiration Consciente, de Respiration Holotropique, ou de Sophro-Analyse des Mémoires Pré-Natales sont les plus compétentes dans le domaine.

A noter que je pratique moi-même la technique Whole-Hearted Healing qui met particulièrement l’accent sur les traumatismes pré-nataux. Vous pourrez en apprendre plus, et découvrir un processus pour travailler spécifiquement sur la conception ici chez Peak States France.

Est-ce nécessaire de chercher à revivre sa naissance (ou plus ancien) ?

D’une manière générale, il n’est pas forcément nécessaire de chercher à revivre sa naissance ou des épisodes pré-nataux a priori.

Les techniques efficaces de thérapie des traumatismes se basent sur un bon diagnostic de l’origine du problème, qui ne doit ni négliger le domaine pré-natal, ni le surestimer. Si l’origine du problème est lié à la naissance ou un évènément plus ancien, cela fera surface durant la thérapie, pourvu que le thérapeute soit ouvert et averti.

Ceci étant, c’est aussi intéressant de cibler spécifiquement certains évènements dans une démarche de développement personnel. En particulier, la naissance et la conception sont les plus significatifs. Cette démarche doit se faire dans un cadre approprié, et avec responsabilité.