Les traumatismes complexes sont une des situations humaines les plus difficiles à dépasser seul dans sa vie, ainsi que lors d’une thérapie.

Différence avec un traumatisme simple

On différencie un traumatisme simple (voir définition du traumatisme) qui est un événement isolé, d’un traumatisme complexe. Un trauma complexe est lié à des événements répétés, des situations traumatisantes qui durent, par exemple plusieurs semaines ou plusieurs années.

Le syndrome de stress post-traumatique est lié aux traumatismes simples : un événement intensément choquant crée un traumatisme très perturbant.

Les traumatismes complexes, en revanche, créent des troubles psychologiques et émotionnels plus difficiles à identifier, mais néanmoins très handicapants également, notamment en terme de relations aux autre, de confiance en soi, de gestion des émotions, etc…

La manière de traiter un trauma complexe est différente de celle d’un trauma simple, et il y aura sans doute plusieurs souvenirs traumatiques à retraiter.

Par comparaison, un trauma simple est un arbre qu’on voudrait enlever : couper les branches, c’est bien, mais aller à la racine sera nécessaire pour l’enlever complètement. Un trauma complexe, c’est une forêt ou un bosquet qui cache le paysage beaucoup plus largement.

Comment se construit un traumatisme complexe

Un traumatisme complexe est généralement créé par des agressions répétées, régulières, dans une période de temps allongée. Les maltraitances sexuelles, physiques, ou émotionnelles répétées en sont la source majeure.

La plupart du temps, un trauma complexe se développera durant l’enfance, rendant encore son impact plus profond.

Si une situation traumatisante perdure, c’est qu’il est impossible d’en sortir. Un enfant maltraité par ses parents et qui continue à vivre avec eux va bien évidemment développer une vision du monde particulière : celle d’une vie où la sécurité est toujours temporaire ou inexistante.

Que se dit une personne piégée dans une telle situation ? Que « le monde est dangereux », que « la vie est pénible, douloureuse » ou que « c’est normal de souffrir ».

Un enfant considère ses parents comme son modèle principal (s’il passe le plus clair de son temps avec eux) et sa source de sécurité et de survie. Avoir des parents maltraitants va donc lui apprendre à associer ces notions positives essentielles avec des expériences négatives, de souffrance.

A l’âge adulte, cet enfant aura donc développé des mécanismes qui le feront souffrir : troubles d’anxiété, schémas répétitifs, dépression, problèmes relationnels, voire problèmes de santé.

La caractéristique essentielle d’une situation de traumatisme complexe est qu’on ne peut pas en sortir. On se retrouve donc bloqué dans une position de victime, et sans possibilité réelle de se protéger. Le fait que la situation se répète nous apprend à croire que quelque chose de mauvais est toujours sur le point d’arriver.

trauma complexe enchainement

Traumatisme complexe : être piégé dans une situation traumatisante répétée

 

Bien sûr, on se demande « pourquoi cela m’arrive ? »

La réponse dépendra de l’âge et de l’expérience de la personne.

Effets d’un traumatisme complexe

Pour un enfant jeune, c’est normal de considérer ses parents comme « normaux » puisque c’est sa référence première. Face aux agressions répétées, il pourra alors développer une croyance traumatique irrationnelle telle que « je mérite d’être puni » ou « je ne suis pas digne d’être aimé » ou encore « il y a quelque chose de foncièrement défectueux en moi« . Avec cette expérience première de la vie, il est difficile de se construire en tant qu’adulte ayant confiance en lui.

Pour cette raison, un traumatisme complexe est plus difficile à traiter qu’un traumatisme simple car il a un impact plus large sur la construction de la personne.

Associer l’amour et la souffrance est malheureusement courant. Il sera alors difficile à la personne d’aimer d’une manière totalement positive dans ses relations adultes. En effet, difficile de donner ce qu’on n’a pas reçu, et lorsqu’on n’a pas eu un bon modèle parental, difficile de savoir comment se comporter avec ses propres enfants.

Caractéristiques d’un trauma complexe

Voici quelques caractéristiques communes des traumas complexes :

  • Co-dépendance : difficulté à être autonome et sécure ; tendance à s’entourer de gens ayant des problèmes similaires ou complémentaires. Par exemple : se mettre toujours en couple avec des personnes maltraitantes ; dans le cas des addictions, s’entourer d’autres personnes addictes ; etc…
  • Honte et culpabilité : ces sentiments d’avoir honte de soi, de ne pas s’aimer, de toujours se dire « c’est ma faute » ou « je ne mérite pas mieux » peuvent être très influents dans la vie de la personne.
  • Agressivité, colère et tendance à l’agression : il peut s’agir d’une manière de se défendre, par exemple parce qu’en étant enfant, on appris qu’en se montrant agressif, on risquait moins de souffrir. Ou parce qu’on considère son prochain comme un agresseur potentiel, il est donc plus facile d’agresser en premier.
  • Troubles sexuels : de différentes natures selon les traumatismes qu’on a vécu. En recherchant du plaisir d’une manière inefficace ou malsaine, en se mettant en position de domination ou de dominé, ou encore l’absence de désir ou de plaisir, etc…
    Beaucoup de peur, de honte et d’insécurité, et peu de satisfaction et d’épanouissement.
  • Anxiété, peurs, absence de confiance en soi, tendance à se renfermer sur soi et à rechercher un environnement que l’on peut contrôler.
  • Comportements auto-destructeurs : prises de risques importantes, auto-mutilation, toxicomanie, etc…
  • Syndrome de répétition : on va inconsciemment se remettre dans des situations similaires à nos traumatismes, se retrouver en position de victime, et avoir l’impression de tomber toujours sur des personnes maltraitantes.
  • Troubles psychiatriques ou cognitifs : en particulier les troubles dissociatifs, mais d’autres troubles psychologiques sont générés ou amplifiés par les traumas complexes. On peut y inclure certains troubles de l’attention, de la mémoire, etc…

Bien sûr une personne traumatisée complexe n’aura pas tous ces troubles, mais une partie, selon son expérience personnelle.

Les effets d’un traumatisme complexe peuvent donc être non seulement un syndrome de stress-post traumatique, mais aussi la dépression, les troubles émotionnels, sexuels, les addictions, etc…

 

Sources de trauma complexe

Les traumas complexes sont déclenchés par des situations violentes qui durent ou qui se répètent. Voici les situations générales les plus courantes. Elles sont par ordre : les plus courantes en premier.

  1. La négligence physique ou émotionnelle
    Un enfant a besoin que l’on s’occupe de lui. Le laisser seul, ne pas l’aider en cas de détresse, ne pas lui apporter l’attention et le soin dont il a besoin, et la première source de trauma complexe. L’enfant se sent abandonné, indigne d’attention, en danger permanent, isolé et impuissant.
  2. Être exposé à la violence (notamment conjugale)
    La violence entre les deux parents, ou la violence d’un parent envers une autre personne, si elle est répétée, est source de trauma complexe. La violence est toujours traumatisante, même si on est seulement témoin. Un enfant, en particulier, est très sensible à la violence et l’insécurité.
  3. La violence physique
    Sans surprise, être directement agressé est très traumatisant. L’être d’une manière répétée, durable, est source de traumatismes complexes profonds.
  4. La violence sexuelle
    Les agressions sexuelles, viols, incestes, et autres formes de violence sexuelles, si elles sont répétées, engendrent des souffrances intenses et complexes.
  5. L’abandon
    Par extension de la négligence, l’abandon est une des pires sources de traumatismes, en particulier lorsqu’ils sont répétés. L’abandon total de la part d’un parent est potentiellement très traumatique. L’abandon répété de différentes figures parentales crée beaucoup de dégâts.
    Je me souviens de cette personne dont le père a quitté le domicile familial lorsqu’elle avait 3 ans, puis dont la mère l’a remis aux grands-parents car incapable de s’en occuper, puis que les grands-parents ont placé en institution d’accueil à 6 ans, avec par la suite très voire aucun lien avec eux. On peut comprendre que cette personne a développé une peur de l’abandon extrêmement forte, et trouve difficile de nouer une relation amoureuse sécure.

Le cadre familial est le plus souvent l’endroit dans lequel se produisent les traumatismes complexes. L’environnement communautaire, s’il est violent, est également une source de traumatisme complexe si la famille est incapable de protéger ses membres.

Par exemple : cet homme addicté à l’alcool et agressif me révélait être constamment battu par d’autres garçons de son quartier, après l’école, de l’âge de 5 ans à 12 ans. Il n’en avait jamais parlé à ses parents. On peut imaginer que ses parents s’en sont rendus compte, mais n’ont jamais su prendre de mesure pour protéger leur fils, ce qui est une source secondaire de traumatisme (négligence physique et émotionnelle).

Les enfants placés en orphelinat ou en familles d’accueil sont aussi plus exposés.

Il est courant qu’une personne combine plusieurs de ces 5 sources de traumatisme complexe.

Par ailleurs, il est aussi possible de traverser une enfance difficile sans développer de trouble psychologique important.

 

Criminalité et traumas complexes

Il est possible de dresser un parallèle entre les traumas complexes et la criminalité. Bien entendu, le but n’est pas de déresponsabiliser les criminels, mais d’observer un des mécanismes en jeu. Les traumas complexes sont à mon avis insuffisants à expliquer la criminalité, mais font parti du tableau.

Certains criminels reproduisent la violence qu’ils ont vécu dans leur famille (violence physique directe ou être témoin de violence), sont rejetés et condamnés (abandon, violence) ensuite, et intensifient la gravité de leurs actes pour tenter de « régler leurs comptes » avec leurs parents violents, qu’ils projettent sur les institutions judiciaires et sociales autoritaires. C’est un cycle sans fin.

Situation de répétition aussi dans le cas de la prostitution : le couple prostitué-proxénète reproduit le couple enfant-parent abuseur dans une situation d’emprise absolue et d’exploitation sexuelle. Une grande proportion de prostituée ont été abusées durant leur enfance.

Il faut comprendre ici que la reproduction d’une situation anormale et de souffrance n’est pas un acte volontaire ou conscient, ni systématique, mais se produit en partie à cause de l’influence inconsciente des événements traumatiques que l’on a vécus.

Cette reproduction n’est pas une fatalité. Si une majorité des personnes violentes ont vécu la violence dans leur enfance, il y a aussi une grande proportion de personnes ne devenant pas violentes à leur tour.

 

Guérir d’un traumatisme complexe

Guérir d’un traumatisme complexe est une entreprise complexe et relativement longue. Le meilleur moyen est de passer par une psychothérapie spécialement prévue pour les traumas complexes.

Une thérapie adéquate pourra durer plusieurs mois ou années, à raison de séances régulières.

Il y a en effets plusieurs éléments sur lesquels la thérapie devra apporter des changements majeurs.

Le lien fondamental

Le lien est ce qu’il y a de plus fondamental à l’expérience humaine, et qui a été fortement endommagé par le traumatisme complexe. Il s’agit du lien entre humains. Le lien sociale, amical, amoureux, etc…

Nous nous construisons en tant qu’individu au travers du lien avec les personnes nous entourant.

Le premier lien est bien sûr celui avec les premières personnes s’occupant de nous : en principe, nos parents.

En cas d’absence des parents ou de situation négligente ou violente, le lien ne s’établit pas d’une manière positive, sécure. Les parents doivent apprendre à leur enfant à se sentir en sécurité. Ils doivent répondre à ses besoins.

Ils doivent aussi lui apprendre à prendre confiance en soi, à explorer le monde progressivement, grandir et s’autonomiser d’autant plus facilement qu’il peut toujours revenir vers la sécurité du lien familial.

Lorsque ce premier lien est bien établit, l’enfant peut établir alors d’autres liens : avec les autres enfants, avec d’autres adultes, etc…

Lors d’un traumatisme complexe, la nature du lien est profondément perturbé, voire ne se construit pas du tout. Par exemple, si les 2 parents sont négligents et qu’il n’y a personne d’autre pour prendre soin de l’enfant.

Plus l’agresseur est proche du cocon familial premier, plus il y a de chances que le lien soit perturbé. On peut donc imaginer des cercles concentriques : famille nucléaire, famille agrandie, entourage social, communautaire, etc…

Guérir d’un traumatisme complexe, c’est d’abord recréer le lien.

Cela peut se faire avec un thérapeute formé à cette technique. On parle de re-parentage (re-paternage ou re-maternage) : réapprendre à la personne ce qu’aurai dû être une figure parentale positive.

Exemples : un enfant battu par son père ne sait pas ce que c’est que d’avoir un père doux et attentionné par exemple (note : sauf si son père était aussi doux et attentionné parfois, ce qui crée néanmoins confusion, culpabilité, peur de l’incertitude, etc…). Un enfant négligé par son père peut ne pas comprendre la notion de responsabilité car son père n’a jamais posé de cadre.

Un thérapeute compétent créera une atmosphère bienveillante de sécurité, d’acceptation (non-jugement) et de bonne distance relationnelle : ni trop proche, ni trop distant. Progressivement, le thérapeute aidera son client à développer un sentiment de sécurité et d’autonomie.

Guérir d’un traumatisme complexe, c’est donc apprendre à être proche des autres, sans être abusif (co-dépendance, agressivité, …) ni peur de l’abandon. Rétablir des relations positives et épanouissantes. Rétablir le lien.

2) Changer les croyances négatives

Un trauma complexe peut amener beaucoup de croyances négatives, telles que « je ne mérite pas d’être aimé » ou « la vie est dangereuse », etc…

Reconnaitre et changer ces croyances est donc nécessaire pour pouvoir être heureux. Tant qu’une partie de vous pense que l’amour est lié à la douleur car c’est ce que vous avez vécu dans votre enfance, votre inconscient aura du mal à vous aider à vivre une relation amoureuse sans douleur. Car il est programmé par ses expériences précédentes.

Le travail sur ces croyances et émotions négatives demandent du temps, pour apprendre à se connaitre, et apprendre à faire face à notre côté sombre, à nos blessures intérieures.

On pourra alors développer des croyances plus positives telles que « j’ai le droit d’être aimé, inconditionnellement et sans rien devoir donner en retour » !

Le travail sur ces croyances est compliqué par le fait qu’il faille d’abord prendre conscience de ces croyances qui sont souvent inconscientes, et liées à des sentiments douloureux.

Cependant, c’est un travail essentiel.

3) Traiter les souvenirs traumatisants particuliers

Une étape de la démarche de guérir d’un traumatisme complexe devra passer par le traitement de plusieurs traumatismes. C’est bien sûr une étape difficile, et c’est pour cela qu’il vaut mieux être accompagné par un thérapeute compétent qui aura su vous aider à vivre un lien plus sécurisant, et vous apprend à faire appel à vos ressources.

Voir la page Comment guérir d’un traumatisme.

Combien de traumatismes particuliers faudra-t-il traiter pour régler le traumatisme complexe ? Cela dépend, notamment du nombre et de la nature des maltraitances subies.

Il faudra sans doute faire face aux souvenirs les plus douloureux.

Un mécanisme de généralisation s’appliquera au bout de plusieurs souvenirs traités. Par exemple, une personne qui a été battue 100 fois devra peut-être régler 8 ou 10 traumatismes pour ne plus ressentir la peur et la douleur qu’elle a vécu.

En parallèle d’une psychothérapie, il peut être utile de pratiquer la procédure de paix personnelle en EFT ou encore le processus de Paix Intérieure qui permet de ne plus sentir dans le présent les traumatismes passés.

 

Et vous ?

Pensez-vous souffrir de traumatisme complexe ? Quelle est votre expérience ?